Territoires et systèmes alimentaires

Le champ Territoires et systèmes alimentaires du CREMIS est sous la responsabilité de Christopher McAll (sociologie, Université de Montréal) et François Régimbal (sociologie, Cégep du Vieux-Montréal) avec la collaboration de l’équipe des organisateurs et organisatrices communautaires en sécurité alimentaire du CIUSSS CSMTL et des collègues du Collectif en sécurité alimentaire du Réseau des villes et régions laboratoires du CREMIS, (Marta Llobet et Paula Duran Montfort, Claudia Rocio Magaña González, Araceli Muñoz García, Eugenia Piola Simioli (Université de Barcelone), Fabio Berti, (Université de Sienne), Chantal Mazieff, Cyril Villet, Manuella Ngnafeu (École supérieure de Praxis sociale de Mulhouse en Alsace), Deborah Myaux (Fédération des services sociaux de Bruxelles) et Aude Fournier (Cégep de Victoriaville, Québec).

La première phase de notre programme de recherche dans les régions étudiées a permis de faire ressortir l’expérience spécifique de différentes populations quand il s’agit d’appauvrissement et d’insécurité alimentaire : familles monoparentales, étudiants et jeunes adultes, aînés, personnes en situation précaire de logement ou sans domicile, immigrants et réfugiés. Malgré cette diversité d’expériences et de besoins, la distribution alimentaire prend souvent la forme rudimentaire d’une aide de dernier recours fournie avec peu de moyens par le milieu associatif ou des organismes charitables de type religieux. Le risque existe alors que les personnes aidées soient réduites à des « bouches à nourrir » et que le recours à ce type d’aide soit vécu dans la honte. Ces systèmes peuvent ainsi contribuer à leur tour à la réduction identitaire des populations assistées. Nos résultats font l’objet d’un numéro spécial (actuellement en préparation) de la revue Anthropology of Food, sous la direction de Marta Llobet et Paula Duran Montfort.

Une deuxième phase de recherche, qui est actuellement en démarrage, porte, entre autres, sur le développement de ce que nous appelons (provisoirement) des « archipels de pratiques alternatives en alimentation » (APAA), pratiques fondées sur une approche globale et non-réductrice des personnes. Ces pratiques s’attardent sur les dimensions matérielle, relationnelle, corporelle, décisionnelle et temporelle du bien-être des personnes auxquelles elles s’adressent. Il y a aujourd’hui un foisonnement d’initiatives visant de nouveaux rapports à l’alimentation, initiatives associées à la production locale et bio-intensive sur de petites surfaces, à des circuits courts de distribution, à des pratiques collectives de distribution, de préparation et de consommation des aliments. Ces activités peuvent favoriser la socialisation intergénérationnelle, le maintien de la santé physique et mentale, la sécurité alimentaire et, plus largement, le bien-être humain dans le rapport à la nature et aux terres nourricières. Elles peuvent aussi, dans certains cas, contribuer au renversement des rapports de pouvoir au sein des institutions et dans la société et permettre aux personnes de participer au développement d’un autre rapport au monde social et à la nature. Cet autre rapport est devenu essentiel à une époque où l’hégémonie du modèle alimentaire industriel produit des inégalités dans la distribution et l’accessibilité des aliments, la destruction des écosystèmes, l’épuisement des sols et l’utilisation massive de produits chimiques.