Se sentir chez soi

Justin Aaberg. Billy Lucas. Cody Barker. Asher Brown. Seth Walsh. Tyler Clementi. Les noms de ces six adolescents ont fait les manchettes aux États-Unis à la fin de l’été 2010. Ces adolescents de 13 à 18 ans, aux parcours académiques et personnels différents, se sont enlevés la vie parce qu’ils étaient victimes de discriminations et de harcèlement en raison de leur homosexualité, réelle ou présumée. Ces suicides, et leur retentissement médiatique, ont constitué des rappels concrets des conséquences potentiellement tragiques de l’intolérance face à la diversité sexuelle et, plus spécifiquement, de l’homophobie en milieu scolaire aux États-Unis. Qu’en est-il au Québec ?

La question de la prégnance de telles manifestations d’homophobie dans l’environnement scolaire au Québec est d’autant plus légitime que la province est réputée progressiste à l’échelle internationale quant aux droits des gais et des lesbiennes. Le Canada a été le quatrième pays à légaliser le mariage entre conjoints de même sexe sur l’ensemble de son territoire, en juillet 2005. La province du Québec, troisième des provinces canadiennes à avoir reconnu la légalité de ces unions maritales, a également été le premier État  au monde à interdire la discrimination liée à l’orientation sexuelle dans sa Charte des droits et libertés de la personne. Depuis la fin des années 90, la question de l’homophobie en milieu scolaire a été soulevée à plus d’une reprise par des organismes intervenant auprès de ces populations (GRIS Montréal, GRIS Québec, Projet 10 et Jeunesse Lambda, notamment).

Au printemps 2009, 2757 élèves de secondaire 3 et 5 provenant de 30 écoles secondaires publiques1 ont complété un questionnaire auto-administré portant sur les manifestations d’homophobie et le climat scolaire régnant dans leur école à l’égard de la diversité sexuelle. Cette recherche avait pour objectif d’explorer les principales manifestations d’homophobie dans ces établissements d’enseignement. À quelle fréquence les élèves emploient-ils un langage homophobe ? Quelles sont leurs attitudes envers l’homosexualité ? Quels sont les principaux types d’incidents homophobes survenus dans les écoles secondaires du Québec ? Afin de mieux comprendre à la fois les impacts de la discrimination homophobe et les facteurs susceptibles d’atténuer ces impacts, 65 adolescents et jeunes adultes âgés de 14 à 24 ans ont été interviewés. Ces jeunes s’identifiaient comme lesbiennes, gais, bisexuel(le)s ou en questionnement (LGBQ) et rapportaient avoir vécu une ou plusieurs expérience(s) négative(s) à l’école en lien avec leur orientation sexuelle.

Climat scolaire

Les résultats démontrent tout d’abord la large utilisation de remarques comme « c’est tapette », « c’est fif » ou bien « c’est gai » par les élèves dans ces établissements secondaires. En effet, près de 9 répondants sur 10 (86,5 %) affirment entendre souvent ou à l’occasion ces expressions, habituellement chargées d’une connotation dénigrante. Quant aux insultes, près de 7 élèves sur 10 (67,2 %) ont déjà entendu un élève traiter de manière négative ou péjorative un autre élève de « fif », de « tapette », de « lesbienne » ou de « gai », depuis le début de l’année scolaire. En règle générale, ces remarques négatives à caractère homophobe sont formulées dans des lieux pouvant échapper à la supervision des adultes (corridors et rangées de casiers, terrain de l’école, cafétéria).

Plus du tiers des élèves sondés (38,6 %) ont répondu qu’ils avaient déjà personnellement vécu au moins un épisode de violence en milieu scolaire parce qu’ils étaient LGBQ ou parce qu’on pensait qu’ils étaient LGBQ. De plus, 74,4 % des répondants ont déjà vu ou entendu parler d’un cas de violence homophobe dans leur école, ciblant un élève parce qu’il est ou parce qu’on pense qu’il est LGBQ. Lorsqu’un tel incident survient, il est probable que la nouvelle fasse rapidement le tour de l’école, ce qui contribue à alimenter un climat homophobe en associant l’homosexualité, réelle ou perçue, à un risque de victimisation.

Les épisodes les plus fréquemment rapportés par les victimes et les témoins d’homophobie sont les insultes, taquineries et moqueries, les rumeurs visant à nuire à la réputation, ainsi que l’exclusion, le rejet ou la mise à l’écart. Les incidents impliquant une contrainte ou une violence physique (bousculades, coups, vandalisme, agressions sexuelles) sont moins fréquents. Ainsi, moins de 10 % des élèves du secondaire déclarent avoir été l’objet au moins une fois d’attaques physiques, de menaces, de harcèlement sexuel, de vandalisme ou encore d’agressions sexuelles. Force est de constater que beaucoup de jeunes s’identifiant comme hétérosexuels sont aussi vulnérables face à l’homophobie, notamment lorsqu’ils n’expriment pas leur genre de façon conforme à celle de la majorité, qu’il s’agisse d’un adolescent jugé efféminé ou féminin, ou encore d’une adolescente considérée masculine, en raison de leur apparence ou de leurs goûts.

Les élèves victimes d’épisodes d’homophobie sont peu portés à signaler les incidents vécus à un professeur ou à une personne en situation d’autorité en milieu scolaire. Seuls 22,2 % des élèves du secondaire victimes de tels incidents disent l’avoir fait au moins une fois. Parmi les principales raisons alléguées pour ne pas le faire, les élèves évoquent que l’événement n’était pas assez sérieux pour être dénoncé (51,0 %), qu’ils ont résolu le problème par eux-mêmes (35,5 %), ou encore l’impression que rien ne serait fait pour corriger la situation (27,1 %).

La réussite scolaire de plusieurs jeunes victimes d’homophobie pâtit des épisodes de violence dont ils sont les victimes. Parce qu’ils anticipent des épisodes d’homophobie ou parce qu’ils doivent côtoyer leurs agresseurs au quotidien, plusieurs élèves ont rapporté se sentir mal à l’aise à l’école et avoir de la difficulté à se concentrer en classe. Certains vont même jusqu’à manquer un cours (souvent, l’éducation physique) ou encore une journée, parce qu’ils ne se sentent pas en sécurité à l’école. D’autres laissent entendre que leurs résultats scolaires ont connu une baisse importante à cause de l’homophobie vécue ou qu’ils ont changé ou désiré changer d’établissement scolaire pour s’extirper d’un milieu où une réputation négative les suivait. Certains participants, moins nombreux, ont quant à eux rapporté avoir abandonné l’école (ou désirer le faire) pour échapper aux actes homophobes.

Les jeunes LGBQ interviewés évoquent le soutien qu’ils ont reçu de la part de leurs enseignants ou des intervenants dans leur milieu scolaire, lorsqu’ils vivaient des situations difficiles en lien avec l’homophobie. Ils ont notamment identifié quatre types d’attitudes aidantes : rendre visible l’homosexualité à l’école, intervenir ou faire de la prévention contre l’homophobie, offrir un soutien en lien avec l’orientation sexuelle et faciliter l’accès à des lieux sécuritaires et d’appartenance.

Visibilité

Tout d’abord, les élèves interviewés sont nombreux à rapporter qu’on leur a rarement parlé d’homosexualité ou de diversité sexuelle à l’école secondaire. Les participants attribuent souvent cette invisibilité au manque de connaissances qu’ont leurs professeurs de cette thématique ou encore à la délicatesse du sujet qui peut entraîner la perte de contrôle de la classe. Dans un tel contexte, les participants rapportent les rares fois où on leur a parlé d’homosexualité comme des moments marquants. Malgré une gêne initiale parfois très forte, ils sont nombreux à se souvenir des mots exacts utilisés par leurs professeurs, parfois même des années après l’événement en question. L’extrait qui suit évoque l’importance que peut revêtir toute mention de l’homosexualité, même en des termes pour le moins maladroits, pour les jeunes LGBQ contraints d’évoluer dans un environnement scolaire qui tend à taire les sujets relatifs à la diversité sexuelle :

« J’ai eu un prof qui a dit un jour, et je me suis tellement accroché à ça: « Il est possible que vous ayez des pensées homosexuelles, mais ça passe. » C’est la phrase qui a fait que oui, je suis normal et ça va passer. » (Joachim, 23 ans, Montréal)

Les manières de rendre visible l’homosexualité peuvent être plurielles. Les jeunes LGBQ interviewés ont notamment apprécié le fait que l’homosexualité soit l’objet d’enseignements formels comme de discussions informelles. Ils sont également nombreux à remarquer les affiches qui promeuvent la tolérance à l’égard de la diversité sexuelle ou mobilisent contre l’homophobie, l’offre de ressources spécifiques (organismes ou sites Internet), ou encore l’utilisation par leurs enseignants d’un langage inclusif, évitant d’inférer l’hétérosexualité par défaut. Dans l’ensemble, ces paroles et initiatives tendent à être lues par les jeunes LGBQ comme autant de témoignages de reconnaissance et de validation identitaire.

Prévenir

De par leur position d’autorité et en raison des contacts fréquents avec les élèves, les enseignants peuvent apporter un soutien majeur à leurs élèves LGBQ victimes d’homophobie. L’intervention des enseignants pour mettre fin à un épisode d’homophobie semble revêtir une importance considérable pour les jeunes concernés.

« J’ai vécu de l’homophobie au secondaire. Un moment donné, un gars m’a dit : « Hé, Eddy, la tapette ! » Le prof s’est retourné et a dit : « Excusez-moi, je vais retirer mon chapeau de professeur. Criss de tabarnac, on ne dit pas fif, on dit homosexuel. Et change ton vocabulaire parce qu’on pourrait te poursuivre. C’est contre le code de l’école ». Je me suis dit : « Wow, c’est mon idole. » » (Eddy, 20 ans, Montréal)

On remarque dans l’extrait qui précède l’ambigüité des propos tenus par le professeur d’Eddy qui, tout en manifestant clairement qu’il ne tolérera pas les insultes homophobes en classe, cautionne néanmoins le fait de référer à un élève par son orientation sexuelle, à condition d’utiliser le terme « approprié » pour le faire.

Les efforts de prévention de l’homophobie mis en place par leurs enseignants ont également été remarqués par bon nombre d’élèves interviewés, qui disent apprécier la mise en place de balises strictes quant aux comportements qui ne seront pas tolérés :

« Mon professeur de secondaire 5, la première affaire qu’il a dit, c’est : « Je ne veux aucun propos homophobe, aucun propos raciste et aucun propos contre David Bowie ». Ça a été les trois règles de son cours. Tu ne traitais pas de « fif » dans son cours. Lui, il est hétéro, il a sa blonde, ses enfants. Venant d’un hétéro aussi, les gens font : « Ah ben, on peut supporter ça sans se faire traiter de gai. » » (Josiane, 19 ans, Laurentides)

À l’instar de Josiane, plusieurs participants ont souligné la portée toute spécifique du soutien d’alliés hétérosexuels, qui permet de faire comprendre qu’il n’est pas nécessaire d’être gai pour tolérer l’homophobie.

Soutien

Les élèves LGBQ font état d’un troisième cas de figure, tributaire d’un certain affichage de leur orientation sexuelle. Ce type de soutien spécifique qui aborde directement la question de l’orientation sexuelle ou de l’homophobie vécue par le participant, prend plusieurs formes. Dans le cas qui suit, l’enseignante de Célia profite du fait que cette dernière divulgue son orientation sexuelle à ses collègues de classe pour prendre publiquement position en sa faveur :

« On faisait les présentations sur chaque personne au tout début du cours. Je leur ai dit que je suis homosexuelle, que je vis bien ma vie, que je suis comme eux et tout ça. La prof est intervenue et a dit : « Ne t’inquiète pas, on en connaît, mais c’est juste que ce n’est pas encore d’actualité pour certaines personnes. Ne t’inquiète pas ! Moi, ça ne me dérange pas. » » (Célia, 18 ans, Mauricie)

Rares sont les jeunes LGBQ qui dévoilent leur orientation sexuelle en public, particulièrement en classe. Certains enseignants, au fait de l’orientation sexuelle ou des questionnements d’un ou de plusieurs de leurs élèves, peuvent se rendre disponibles pour des questions ou requêtes spécifiques à ce sujet, comme l’évoque Leslie :

« Elle [l’enseignante au secondaire] parlait de sexualité et des MTS parce que c’était dans le cadre du travail. Les élèves posaient des questions et elle répondait. Après le cours, elle est venue nous voir [la participante et sa copine] et elle a dit : « Si vous avez des questions plus particulières, vous deux, venez me les poser. » »

(Leslie, 16 ans, Capitale-Nationale)

Les élèves LGBQ rapportent accorder une attention particulière aux professeurs et aux intervenants qu’ils savent, ou qu’ils présument, être LGB. Dans bien des cas, quelle que soit leur véritable orientation sexuelle, ces professeurs peuvent incarner aux yeux de ces jeunes des modèles positifs, qui ont réussi socialement « malgré » le fait qu’ils soient gais ou lesbiennes :

« Ça m’a rassurée d’apprendre que ma prof était lesbienne, parce que j’avais peur d’être la seule. Je ne sais pas pourquoi, même si c’est impossible que je sois la seule [rires]. On peut dire que c’est un modèle, parce qu’elle a fait ce qu’elle voulait malgré tout. (…) Même à ça, elle est capable d’être professeur. » (Chrissy, 16 ans, Mauricie)

À bien des égards, les témoignages de plusieurs jeunes suggèrent que la seule présence dans l’environnement scolaire d’une personne visiblement homosexuelle ou bisexuelle (ou encore perçue comme telle par certains élèves) peut constituer une forme de soutien non négligeable, dans la mesure où cette personne est acceptée par ses pairs.

Lieux d’appartenance

L’importance de rencontrer des amis LGBQ et de fréquenter des groupes de soutien a également été soulignée par plusieurs participants. Ces amis peuvent servir de modèles en affirmant leur propre orientation sexuelle, prodiguer des conseils à ce sujet, ou encore aider à découvrir l’univers de l’homosexualité (par exemple, le Village gai). Les groupes de soutien à la diversité sexuelle, quant à eux, ont été perçus par certains participants comme un endroit sécuritaire et un lieu de socialisation pour faire des rencontres amicales et amoureuses. Le fait de joindre un de ces groupes a été considéré par quelques jeunes interviewés comme une étape marquante dans leur cheminement personnel en lien avec leur orientation sexuelle et dans leur cheminement scolaire, en créant un fort lien d’appartenance au groupe LGBQ annexé à l’établissement scolaire.

« Mes amis sont avec moi, sauf qu’ils sont tous hétéros. Ça ne me dérange pas, mais j’ai quand même besoin d’être avec des gens qui me ressemblent. En venant [au groupe contre l’homophobie], je pensais que j’allais être gênée, mais non. Ça a été une explosion. Quand tu rentres dans ce local, le lien d’appartenance est immensément fort. On ne se connaît pas, on ne connaît pas nos vies, mais on sait qu’on a tous un lien. C’est ça qui fait qu’on est si liés. On est bien. » (Christina, 17 ans, Laurentides)

D’autres types de lieux sont également investis par les jeunes LGBQ que nous avons interviewés. Ces lieux sécuritaires et de rencontre peuvent s’avérer accessibles par le biais d’organismes communautaires s’adressant aux jeunes de minorités sexuelles. Aux yeux de bien des jeunes LGBQ de Montréal ou de régions plus éloignées, le Village gai incarne le milieu sécuritaire par excellence et l’emblème de la tolérance à l’égard de l’homosexualité :

« En secondaire 3 et 4, je séchais les cours pour aller dans le Village. Je savais qu’il y avait un endroit physique, à Montréal, pour les gais et les lesbiennes. Dès que je suis arrivé sur Sainte-Catherine, j’ai vu le drapeau et je me sentais chez moi. Je sentais que partout où j’étais dans ma vie, je n’étais pas chez moi. Quand j’ai débarqué dans le Village, je voyais des femmes, des hommes qui se tenaient la main entre eux. Je marchais dans le Village juste pour être dans l’ambiance. Je ne parlais à personne. Je ne rentrais dans aucun magasin. Juste être dans l’ambiance physique du Village, me sentir à l’aise. Le peu de fois que j’ai fait ça, après, je me sentais toujours très joyeux et très content, tout le reste de la journée. Je voyais des adultes qui vivaient heureux, ils souriaient. Je me disais : sûrement qu’eux aussi, ils ont vécu de la discrimination quand ils étaient jeunes. Sûrement qu’eux aussi ont traversé des choses très difficiles. Si maintenant ils sont heureux, c’est parce qu’ils ont réussi à surmonter ce problème. Je me disais que moi aussi, un jour, je serais heureux comme eux. Ça m’a donné du courage pour continuer. » (Hendrick, 19 ans, Montréal)

Espace sécuritaire

Force est de reconnaître le caractère récurrent de l’homophobie dans les écoles secondaires québécoises, tout particulièrement en ce qui a trait à l’utilisation de remarques négatives à propos de l’homosexualité ainsi qu’aux insultes homophobes. Nos résultats laissent notamment entendre que les gestes et propos homophobes tendent à prendre pour cibles les élèves ayant des goûts dits « non conformes à leur genre » (par exemple, un étudiant aimant les arts ou une étudiante qui joue au hockey). Aux dires des jeunes interviewés, ce serait davantage cette inadéquation d’un individu aux canons normatifs de la féminité ou de la masculinité qui serait l’objet de réprobation par ses pairs, plutôt que ses véritables préférences en matière d’orientation sexuelle. Cela peut notamment contribuer à expliquer en quoi les élèves s’identifiant comme hétérosexuels représentent une proportion importante des victimes d’homophobie.

À bien des égards, il appert que les manifestations d’homophobie dépassent la seule considération de l’orientation sexuelle et gagneraient à être appréhendées par le biais du concept d’hétérosexisme. L’hétérosexisme prend ses assises sur des prémisses idéologiques de complémentarité de l’homme et de la femme et se déploie selon « une double injonction à la conjugalité et à la parentalité » (Tin, 2003 : 209). En ce qu’elles constituent une véritable « police » des genres, ces prémisses permettent de justifier idéologiquement la discrimination des gais et des lesbiennes, certes, mais également de toutes les personnes qui ne ratifient pas le « contrat social hétérosexuel » (Wittig, 2001 : 78). Elles s’appuient sur la nécessaire complémentarité de l’homme et de la femme, lesquels se démarqueraient d’emblée clairement par leur adoption respective de traits, affinités et compétences distincts.

Les dérogations aux normes de genre semblent moins fréquemment pénalisées au collégial2, du moins si l’on se fie aux résultats du second volet de cette recherche. Des 1844 étudiants sondés fréquentant 26 cégeps différents, 4,5 % rapportent avoir personnellement vécu au moins un épisode à caractère homophobe dans la dernière année scolaire. On constate une importante différence avec l’école secondaire, où 38,6 % des répondants  affirment avoir été ciblés par un tel type de violence. Alors, peut-on imputer aux étudiants du cégep une plus grande maturité comportementale, une plus grande tolérance à la diversité sexuelle que leurs pairs plus jeunes ? Est-il possible de présumer que les jeunes adultes accordent davantage d’importance aux discours condamnant l’expression explicite d’attitudes homophobes ? Voilà autant d’hypothèses qui restent pour l’instant en suspens.

Les entrevues auprès de jeunes LGBQ mettent également au jour des pistes de réflexion quant à la manière dont un enseignant ou un intervenant scolaire peut apporter un appui quotidien à un élève victime d’homophobie. En effet, les participants interviewés évoquent l’attention qu’ils portent aux signes d’ouverture à la diversité sexuelle émis dans leur environnement scolaire avant d’y divulguer leur propre orientation sexuelle. Ainsi, l’existence d’une association gaie et lesbienne (ou groupe contre l’homophobie), la tenue d’activités sur l’homosexualité, la visibilité de pairs ou d’enseignants ouvertement gais et lesbiennes, ainsi que la présence d’affiches sensibilisant à la diversité sexuelle sont autant de facteurs interprétés par ces jeunes comme des signes d’ouverture à la diversité. À l’inverse, les blagues et les propos homophobes tenus par des pairs ou des personnes en position d’autorité, de même que l’absence d’intervention pour mettre fin à l’homophobie, amènent les jeunes à interpréter leur milieu scolaire comme fermé à un éventuel coming out de leur part.

À la lumière des entrevues menées auprès de jeunes LGBQ, il semble que les enseignants et les intervenants du milieu scolaire peuvent s’impliquer à différents degrés afin de les soutenir par leurs actions et leurs paroles au quotidien. Cet appui passe par la création d’un espace sécuritaire dans un environnement scolaire qui semble hostile à la diversité sexuelle.

Notes

1 : Élèves âgés d’environ 14 à 16 ans.

2 : Élèves âgés d’environ 16 à 19 ans.

Références

Chamberland, L. (dir.), Émond, G. Julien, D., Otis, J. et B. Ryan (2011). L’homophobie à l’école secondaire au Québec. Portrait de la situation, impacts et pistes de solution, Rapport de recherche, Montréal, Université du Québec à Montréal.

Tin, L.-G. (2003). « Hétérosexisme », in Tin, L.-G.. Dictionnaire de l’homophobie, Paris, Presses universitaires de France, p. 207-211.

Wittig, M. (2001). La pensée straight, Paris, Balland.